Houston (Texas)
9 mars 2017

LA VERSION PRONONCÉE FAIT FOI

Bonsoir.

Merci, Dan, de cet accueil chaleureux. Et merci à vous tous d’être ici. Aux nombreux responsables des politiques et leaders de l’industrie qui sont parmi nous aujourd’hui, merci.

Et, bien entendu, aux organisateurs de la CERAWeek – merci beaucoup pour ce prix. C’est vraiment un honneur, pour moi personnellement, pour l’incroyable ministre des Ressources naturelles du Canada, Jim Carr, qui est ici aujourd’hui, et pour le gouvernement du Canada.

J’aimerais commencer avec une petite anecdote familiale, si vous me le permettez.

Vous avez peut-être entendu que mon père, Pierre Elliott Trudeau, a lui aussi été premier ministre du Canada durant les années soixante-dix et le début des années quatre-vingt. En 1980, j’étais au plus fort de ma période Star Wars. Je devais avoir environ neuf ans. La politique n’était pas ma plus grande préoccupation.

Mais cette année-là, le gouvernement de mon père a instauré une politique appelée le PEN. Le Programme énergétique national. Le programme a été en vigueur jusqu’en 1985. Et il n’a pas fonctionné. C’était un échec. Ce n’était pas voulu, mais il s’est avéré que c’était la mauvaise politique au mauvais moment.

Je ne suis pas déloyal en disant cela. C’est tout simplement un fait historique. Le PEN a donné à l’État le pouvoir d’exercer un contrôle sur le secteur de l’énergie qui a nui à la croissance et aux emplois. C’est devenu très controversé.

Par conséquent, lorsque j’ai entrepris ma course à la chefferie en 2012, soit 30 ans plus tard, le nom Trudeau était encore terni en Alberta. Les gens disaient qu’un Trudeau ne réussirait même pas à se faire élire à la fourrière en Alberta.

Mais seulement, voilà : Je savais – nous savions – que tous les chemins qui menaient à la prospérité au Canada passaient par un secteur de l’énergie prospère et dynamique – à la fois traditionnel et renouvelable. Nous savions que nos industries des ressources naturelles procurent à la classe moyenne des milliers d’emplois bien rémunérés – non seulement en Alberta, mais partout au Canada et à travers le monde. Et, en passant, ici aussi au Texas.

La fusion Enbridge-Spectra, qui marque la création de l’une des plus grandes entreprises d’infrastructures énergétiques sur le continent, n’est que le plus récent exemple d’un partenariat très productif. L’année dernière seulement, la valeur des échanges commerciaux entre le Texas et le Canada s’élevait à 35,1 milliards de dollars américains. Les exportations du Texas vers le Canada valaient presque 20 milliards de dollars américains. Les importations provenant du Canada étaient de 15 milliards de dollars américains. Cela se traduit par des milliers d’emplois de qualité au Texas, mes amis. Selon nos estimations, environ 460 000. Ce n’est pas mal.

Les liens entre nos deux pays sont économiques, mais également stratégiques. Il s’agit de la relation économique la plus fructueuse au monde, et des millions d’emplois de la classe moyenne en dépendent des deux côtés de la frontière. Le Canada achète plus de produits en provenance des États-Unis que n’importe quel autre pays dans le monde. Nous sommes le principal client des deux tiers des États américains, et nous figurons parmi les trois principaux clients de 48 États.

Rien n’est plus essentiel pour l’économie américaine que l’accès à une source d’énergie sécuritaire et fiable. Cette source, c’est le Canada. Nous avons la troisième plus grande réserve de pétrole du monde, et nous fournissons aux États-Unis plus de 40% de leurs importations de pétrole brut. Et cela va au-delà du pétrole : nous vous fournissons également plus d’électricité et d’uranium que tout autre pays.

Ce que j’essaye de démontrer est simplement ceci : tous les Canadiens, ces habitants des régions froides, « comprennent » l’importance de l’énergie. Donc, dès que j’ai lancé ma campagne pour la course à la chefferie, je me suis rendu à Calgary. Je pense que pas mal de gens, y compris quelques-uns dans mon propre parti, croyaient que j’étais fou.

Mais devinez quoi? Un peu plus de quatre ans plus tard, avec quelques libéraux du gouvernement Trudeau élus en Alberta, nous sommes en voie d’entreprendre trois nouveaux projets d’oléoducs qui aideront à relier l’industrie pétrolière du Canada aux marchés énergétiques du monde entier.

Le premier, l’oléoduc Trans Mountain de Kinder Morgan, partira de l’Alberta, traversera les Rocheuses et atteindra le Pacifique. Le deuxième, l’oléoduc Keystone XL de TransCanada, qui a récemment été approuvé par le président Trump, transportera le pétrole brut canadien vers des raffineries situées ici, au Texas. Et le remplacement de la canalisation 3 d’Enbridge permettra aussi le transport de pétrole vers le sud. Ces projets ambitieux contribueront grandement à assurer la sécurité énergétique de l’Amérique du Nord pour des années à venir.

Je ne m’en cache pas : nous sommes fiers de cela. C’est le progrès. C’est important. Comme je l’ai dit durant cette première visite à la région pétrolière en 2012 : aucun pays ne trouverait 173 milliards de barils de pétrole pour simplement les laisser enfouis dans le sol. Cette ressource sera exploitée. Notre travail consiste à ce que ce soit fait de manière responsable, sécuritaire et durable.

Ce qui m’amène à un second point, tout aussi important : alors que nous exploitons nos ressources pour assurer le bien-être économique des Canadiens, nous devons également garder un œil sur l’avenir.

Il arrivera un jour, un jour lointain, mais qui viendra inévitablement, où les sources traditionnelles d’énergie ne seront plus nécessaires. Pour nous y préparer, nous devons assumer deux responsabilités très importantes. Nous devons d’abord assurer la viabilité de notre planète, pour que nous puissions la transmettre à nos enfants en meilleur état que nous l’avons trouvée. Et ensuite, nous devons prendre les devants dans le domaine de l’innovation.

Et, au Canada, c’est ce que nous faisons. Les entreprises canadiennes sont des chefs de file dans l’élaboration de technologies comme le captage du carbone, les biocarburants de la prochaine génération, les accumulateurs perfectionnés pour les voitures électriques et les processus d’extraction des sables bitumineux plus propres, entre autres. Cela crée des emplois, et cela aide aussi la planète.

Voici l’essentiel : au Canada, comme je l’ai dit, nous savons comment nous préparer pour l’hiver et les longues nuits froides. Lorsque nous allons faire du camping – et, en passant, nous aimons vraiment en faire; c’est un stéréotype tout à fait exact – nous allumons notre feu de camp avant le coucher du soleil. Cela ne veut pas dire que nous sommes contre la lumière du jour.

C’est un peu la même chose avec l’énergie. L’innovation et les énergies renouvelables ne sont pas en concurrence avec les ressources plus traditionnelles. C’est une question de bon sens. Il s’agit simplement de se préparer pour l’avenir. Nos enfants et leurs enfants ne méritent pas moins.

Et tout cela m’amène à boucler la boucle : nous ne serions pas sur cette voie – loin de là – sans avoir insisté sur le fait que la protection de l’environnement et l’exploitation des ressources doivent aller de pair. 

Au 21e siècle, les Canadiens n’accepteront pas d’avoir à choisir entre une planète saine et une économie forte. Les gens veulent les deux, et ils peuvent avoir les deux. Cela demande des compromis. Cela demande beaucoup de travail. Mais c’est possible.

La preuve, c’est qu’un peu plus d’un an après le début de notre premier mandat au gouvernement – qui, j’ose espérer, ne sera pas le dernier – nous avons fait avancer des projets d’oléoducs, comme je l’ai mentionné plus tôt. Mais nous avons aussi réalisé des progrès en ce qui concerne la mise sur pied d’un plan national visant à réduire les émissions de carbone – un plan qui met finalement un prix sur la pollution causée par le carbone. Nous avons élaboré ce plan en collaboration avec les provinces, qui sont l’équivalent de vos états. C’est une première étape et il reste beaucoup de travail à faire. Mais c’est une première pour notre pays, après des années de faux départs.

Nous n’aurions pas pu aller de l’avant avec les projets d’oléoducs si nous n’avions pris aucune mesure concernant le climat. Et nous n’aurions pu prendre aucune mesure en matière de climat sans nous soucier également des emplois et des besoins économiques de la population canadienne – particulièrement la classe moyenne et ceux qui travaillent fort pour en faire partie.

Voilà pourquoi, chers amis, je suis si heureux et honoré de recevoir ce prix. Nous démontrons que le leadership environnemental et la croissance économique sont indissociables. Qu’ils doivent aller de pair. Nous sommes fiers de notre départ. Et nous espérons devenir un modèle ailleurs.

Merci.